Lettre ouverte à 10 fillettes vietnamiennes

LeDSC07907 - Copiettre à Thuy, Dung, Mai et à 7 autres courageuses fillettes vietnamiennes.
Je vous offre mes 12 000 km et des poussières, je vous offre tous mes efforts pour parvenir jusqu’à vous. Je vous offre mon sourire et mon espérance, je vous offre ces quelques lignes pour vous dire qu’aujourd’hui, plus que jamais, je suis parti de France à vélo le 2 juillet dernier pour vous, aussi. Il fallait qu’un jour je vous rencontre, que je croise votre regard.
Votre regard est, pour chacune de vous, profond, touchant, sensible, beau, triste, chargé d’espérance mais aussi de détresse. Aujourd’hui j’ai plongé mes yeux dans vos yeux. Ils nous appellent à l’aide dans le silence, avec beaucoup de délicatesse.
Vous êtes dix jeunes vietnamiennes, âgées de 9 à 15 ans. Vous auriez pu être des centaines à recevoir l’aide de la congrégation de Notre-Dame du Calvaire de Gramat (Lot) installée ici à Binh Phuoc. Mais il n’y a pas assez d’argent pour tout le monde.  Ces trois soeurs, Hang, Bich Ha et Duong, sous l’autorité de soeur Jean-Agnès, vous les aimez, vos familles aussi. Elles font un boulot incroyable, sur le terrain, en jeans et en scooter, au milieu de vos villages perdus dans les forêts d’hévéas.
L’aide reste modeste. C’est juste pour vous permettre de suivre une scolarité et de vous éviter de travailler dès à présent pour 50 centimes par jour, par nuit plus exactement puisque la sève de l’hévéa se récolte la nuit.
Thuy, je n’oublierai jamais cette image. Ta maman est alitée, le regard tendu vers le vide, à deux doigts de lâcher le fil de la vie et de suivre ton père aujourd’hui décédé. Tu veux continuer le collège. Il parait que tu es bonne en mathématiques. En te quittant, je t’ai promis que nous ne t’abandonnerions pas.
Dung, ton papa travaille loin, il ne rentre que rarement à la maison. Ta maman part au travail à 5h du matin et ne rentre que tard le soir. Papa et maman ne ramènent, malgré ces conditions, que 140 dollars par mois. Tu dois t’occuper de ton petit frère en l’absence de ta maman.
Mai, ton papa est handicapé. Ta maman est gravement malade. Tu rêves d’être un jour chanteuse. Avec une patience d’ange tu as accepté que j’enregistre ta voix cristalline  posée sur quelques belles chansons vietnamiennes. Elles embelliront la production audiovisuelle que j’envisage de réaliser après mon voyage. Toi aussi, avant de devenir chanteuse, tu veux apprendre et apprendre encore à l’école.
Voici la réalité de ce que nous avons vécu.
A vous trois, à vous toutes, appartenant principalement à la minorité ethnique des Stiengs, je salue votre courage. Je vous assure que l’association « A vélo pour les enfants du monde » va vous aider à travers le superbe travail de terrain de la congrégation.
A l’heure où la France se rue sur les cadeaux de Noël, je vous promets de chercher à convaincre tous ceux qui lisent cette lettre ouverte pour qu’ils fassent un geste solidaire, s’il ne l’ont pas encore fait. Un geste, juste pour vous dire que nous appartenons bien à la même famille universelle. Juste pour vous dire que nous aimerions que vous restiez debout. Dignes.
Je vous embrasse et vous serre dans mes bras.

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